Hypoxie

Hypoxie

27 juillet 2026 0 Par Paul Rassat

Gérard Larcher estime qu’Emmanuel Macron, au bout de deux mandats, « laisse la France en hypoxie ». La politique est un merveilleux domaine qui, dans un bain de gadoue quotidien et ininterrompu, véhicule quelques pépites. Souvenez-vous de la chienlit du Général. Des sauvageons de Chevènement.  De l’anosognosie de Chirac. Nous eûmes aussi moult déclarations liminaires pendant l’affaire Benalla. L’usage merveilleux de l’oxymore que fit Charles Pasqua avec le « vrai faux passeport » ! On apprit la subtile différence entre responsable et coupable grâce à Laurent Fabius. (Photo © Stéphane Tourreau, champion du monde de plongée en apnée).

La flèche du Parthe

Gérard Larcher bande son arc linguistique pour envoyer à Emmanuel Macron une de ces flèches dont on ne se remet pas. « Hypoxie » ! Pour faire simple, l’hypoxie est un manque d’oxygène par rapport aux besoins d’un organisme. La France court à l’asphyxie. À voir Gérard Larcher, son volume, sa démarche, on craint que lui aussi. On a même dû remplacer son fauteuil au Sénat. C’est dire !

AbraKärcheresque

Jacques Chirac avait aussi utilisé les charmes mystérieux d’abracadabrantesque. Sarkozy avait presque élevé la marque Kärcher au rang mythologique d’instrument à nettoyer les écuries d’Augias. L’ensauvagement de Darmanin reprenait les sauvageons de Chevènement. Notre président Macron parle de décivilisation, d’archipélisation, de fonctionnement illibéral. Gilles Legendre avait estimé, lui, que le gouvernement qu’il soutenait avait été « trop intelligent, trop subtil ». Si tu causes trop subtil, ma coucourde est en hypoxie, mec !

Adjuvants linguistiques divers

Aux expressions savantes que le bon peuple a du mal à comprendre, n’oublions pas d’ajouter les expressions qui ne servent pas à grand-chose mais redonnent un peu de clinquant aux ustensiles politiques vieillis, éculés qui finissent par attacher au fil du temps. L’optimisation en fait partie. La mutualisation est une panacée. Et le pilotage. Ah, le pilotage ! La gouvernance est de ces mots qui transforment le pouvoir en produit de beauté. L’externalité revêt une connotation d’exotisme prometteur. La montée en charge rassure. Le retour d’expérience sent son Ulysse rentrant au bercail avec la besace remplie de souvenirs. Il se doit aussi d’être systémique, inclusif et transversal, en co-construction. L’interface, elle, n’a rien à voir avec la partouze, rassurez-vous.

Arrêtons là, je commence à manquer d’oxygène. Vivement la trachéotomie!