Âneries
6 octobre 2026Les idées d’un prétendant à la présidence de la République étaient exposées à la radio par l’un de ses partisans. Le prétendant a été ministre de l’Intérieur récemment. Â y réfléchir, le mot âneries convient-il ? En partie seulement, car l’âne est têtu, mais il est plus intelligent qu’on ne le pense. Ce dont il était question à la radio, ce sont les piliers du candidat en matière d’éducation : mérite, travail, efforts. On pourrait facilement transposer en « Famille, travail, patrie. » Il s’agirait de se débarrasser de 50 ans de pédagogie reposant sur l’éveil de l’élève et de remettre le savoir au centre de l’école.
Redoubler…d’efforts
J’ai souvenir de cet élève de collège qui passait son temps à dessiner au fond de la classe. Il ne participait au cours que quand les autres ne savaient pas répondre. Les collègues l’ont fait redoubler parce qu’il ne travaillait pas assez. Et cet autre qui accumulait les travaux non rendus, les zéros jusqu’à ce que, invité à lire, il révélât à onze ans une voix digne de la Comédie Française. Encouragé, stimulé, il fit les efforts attendus. Las ! l’année suivante on le faisait redoubler ! Le redoublement prôné par le support de l’ex-ministre de l’Intérieur relève, lui, de l’ânerie. Il s’agit le plus souvent de subir le même programme, avec les mêmes méthodes infligées par la même équipe pédagogique.
Le terrible ennui
Que dire de ce jeune collégien rencontré dans une structure pour soins psy ? Après quelques mois de remise en confiance, discussion sur ses capacités en français et en mathématiques car il était question qu’Hugo regagne le circuit scolaire classique. « En 5° ou en 4° me confie le collègue de mathématiques. — Je le verrais plutôt en seconde. — Tu as raison, en maths, au-dessous du programme de première, il s’ennuie. »
Psittacisme bariolé
« Mon Dieu ! » comme dirait l’autre. À voir comment on juge le travail, comment on évalue les efforts, et comment s’apprécie le mérite, nous risquons de former de très beaux perroquets au plumage chatoyant mais capables de débiter par cœur un savoir davantage que des connaissances. Ils feront de très sympathiques gestionnaires. Mais à ce propos, si les gestionnaires bardés de diplômes qui se trouvent aux manettes du pays depuis des lustres étaient efficaces, nous le verrions. Le supporteur de l’ex-ministre de l’Intérieur soulignait aussi l’importance de la transmission. Celle-ci, effectivement, est capitale. Réussie quand elle fonctionne dans les deux sens, de l’enseignant à l’enseigné et inversement. À l’image de la création, qui n’est réussie que si elle crée l’artiste en retour ; le transforme.

