Boutès et le chant des sirènes
11 octobre 2026Boutès est le titre d’un livre de Pascal Quignard et le nom d’un personnage célèbre. Du navire Argos, il est le seul à plonger dans la mer, dans le chant des sirènes, dans l’aventure et dans la mort. Disparaissant, il apparaît pour l’éternité. Figé dans le mouvement qui le représente. Oxymore existentiel. Vivre pleinement nécessite de s’oublier. De plonger entier, entièrement dans cet instant suspendu qui n’existe qui n’existe qu’entre passé et futur. « Je » est ce plongeur. Moi. Plein et vide, disponible.
Plonger
Pascal Quignard écrit « Retraumatise ton trauma. » Vivre, c’est plonger dans la vie. Tel est le secret de l’art. « Les oiseaux chantent de plus en plus fort. Le soleil progressivement se lève dans le ciel. » La répétition est-elle simple habitude, réponse à une nécessité interne, observation mécanique des lois de la nature ? S’émanciper de celles-ci occasionne forcément un trauma. Ce serait le prix à payer pour devenir humain. Encore plus élevé pour les artistes. L’art serait-il le remède à un mal qu’il provoque ? La vie son propre remède ?
Oxymore
Oxymore encore. L’image de Boutès a été découverte à l’intérieur d’un sarcophage. Elle était destinée aux yeux d’un mort. « sarko-phage, ce qui mange la chair ». Il est amusant de relever avec Pascal Quignard que la précipitation, se précipiter, c’est « plonger la tête la première » Souvent sans avoir pris le soin d’écouter ce qui se passe dans celle-ci. Plongeant dans la mer et dans ma musique des sirènes, Boutès plonge dans les origines de notre propre vie. L’écoulement du temps disparaît ; retour aux lois de la nature.
Éternité
Pascal Quignard relève que Boutès signifie bouvier, celui qui garde les bœufs. Cette étymologie nous renvoie au boustrophédon, « écriture archaïque utilisée par les orientaux et les Grecs, imitant le mouvement des sillons tracés dans un champ, et dans lequel une ligne se lit de gauche à droite, la suivante de droite à gauche, et ainsi de suite alternativement. » (CNRTL). Cette forme d’écriture évoque la continuité, l’éternité, l’infini alors que l’étymologie la relie à notre bouvier figé, fini dans l’infini pour l’éternité.
