Acteur
15 septembre 2026Par définition, l’acteur agit. Or il se contente de parler et de faire des gestes qui collent le plus possible à une situation qu’il doit jouer. Il n’agit donc pas dans la réalité des faits. Il agit sur le spectateur, sur le public. Son action est indirecte et vraisemblablement plus efficace, pour cette raison, qu’un engagement direct, voyant et pesant. On connaît bien la résistance humaine aux injonctions comme aux interdits.
Reste la question fondamentale. L’acteur doit-il parfaitement comprendre ce qu’il exprime ? Il est de plus en plus possible d’en douter. Platon, déjà, posait la question dans Ion. Celui-ci est un acteur célèbre qu’aborde Socrate afin de sonder la profondeur de son interlocuteur. Il s’avère qu’Ion n’est qu’un inspiré des dieux. Il possède un don mais ne comprend pas ce qu’il dit.
Ion
« Socrate. — Ma parole, je vous ai vu plus d’une fois, Ion, envié votre art, à vous autres rhapsodes ! Vous êtes tenus par votre art d’être toujours parés sur votre personne, et de vous montrer aussi beaux que possible ; en même temps, c’est pour vous une nécessité de vivre dans la compagnie d’une foule de bons poètes, surtout dans celle d’Homère…et de connaître à fond sa pensée et non seulement ses vers : sort enviable ! Car on ne saurait être rhapsode si l’on ne comprenait ce que dit le poète… Eh bien, nous t’accordons, Ion, ce qui te paraît le plus beau : d’être divin et non d’avoir les connaissances de l’art dans tes éloges d’Homère. » (Platon. Œuvres complètes. Les Belles Lettres)
Le temps long d’Achille
Cette réflexion sur le métier de l’acteur peut revêtir le même intérêt quant au métier de politicien. Car c’est avant tout un métier. Ou peut-être un simple emploi. Nos élus n’auraient-ils que le talent de l’inspiration qui leur permet de s’adapter aux sondages ? Si l’art du compromis reposait sur de véritables compositions nées de convictions et d’idées personnelles, soit ! Mais il ne s’agit le plus souvent que d’accords de circonstances en vue de parvenir au pouvoir. Discréditer le concurrent, en faire un adversaire, est alors plus important que de s’affirmer en s’appuyant sur de véritables réflexions personnelles, sur une projection à long terme. Afin de masquer cette faiblesse, nos « responsables » parlent de plus en plus de « temps long ». Serait-ce le temps long d’Achille ? Nos élus et prétendants seraient-ils des Ion inspirés par les sondages divins davantage que par une compréhension du monde ?
C’est là qu’intervient cette réplique tirée de l’un des premiers films de Louis de Funès, acteur cher à Valère Novarina » L’est beau Blaireau! »
