La langue, habiter.

La langue, habiter.

14 septembre 2026 0 Par Paul Rassat

« …c’est tout simplement le « il y a de la langue », un « il y a de la langue qui n’existe pas », à savoir qu’il n’y a pas de métalangage et que toujours une langue sera appelée à parler de la langue – parce que celle-ci n’existe pas. Elle n’existe pas désormais, elle n’existe jamais encore. Quel temps ! Quel temps il fait, quel temps il fait dans cette langue qui n’arrive pas à demeure ! » Jacques Derrida Le Monolinguisme de l’autre.

Temps

Quel temps il fait ou quel temps fait-il ? Beau, orageux. Passé simple, imparfait. Jamais parfait. Le métalangage est langue. La fiction est le réel autant que le réel est fiction. Rien n’est jamais terminé. C’est pourquoi, sans doute, le théâtre, lieu de la présentation et de la représentation, n’est jamais fini. La langue est sans cesse en train de dire un réel qu’elle crée, dont elle se nourrit pour créer encore. Héraclite, mon bonhomme, le fleuve ne s’arrête jamais ; ni le bain. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve parce qu’on s’y baigne à l’infini.

Habiter, habitus

« La langue dite maternelle n’est jamais purement naturelle, ni propre ni habitable. Habiter, voilà une valeur assez déroutante et équivoque : on n’habite jamais ce qu’on est habitué à appeler habiter. Il n’y a pas d’habitat possible sans la différence de cet exil et de cette nostalgie…À partir, oui, à partir de cette rive ou de cette dérivation commune, tous les expatriements restent singuliers. » Derrida souligne alors que la langue est une aliénation, celle de l’autre. Je suis donc aliéné dans ma langue maternelle qui me constitue en autre pour moi-même et pour l’autre. C’est à cette condition que je dois d’être moi.

Le théâtre est le lieu de cette altérité sans cesse renouvelée qui me fonde.

La langue est toujours une promesse.