Bertrand Salanon redirige Bonlieu scène nationale

Bertrand Salanon redirige Bonlieu scène nationale

27 décembre 2023 Non Par Paul Rassat

Bertrand Salanon est le nouveau directeur de Bonlieu scène nationale, à Annecy. Il prend ses marques et annonce, d’une certaine façon, un prudent changement dans la continuité. Le cahier des charges des scènes nationales doit y être pour quelque chose. Chaque nouvel arrivant a le désir d’imprimer sa marque ; le navire scène nationale poursuit cependant sur son erre et il est relié à l’armada des autres scènes nationales. Pour reprendre un détestable cliché à la mode «  Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Le tout étant de savoir où l’on va.

Le passé…

Bertrand Salanon avance prudemment « partir de l’existant pour apporter une interprétation des missions…consolider et élargir. » Le passé est le passé, mais il est là. «  Faire territoire », considérer la ville reconfigurée avec ses six communes rassemblées. Prendre en compte la dimension écologique qui revêt une dimension forte dans notre contexte alpin. Le nouveau directeur fait référence à Baptiste Morizot, à la crise du sensible et à ses causes. Il est nécessaire, aussi de prendre en considération l’adresse à la jeunesse, les questions sociétales.

Réfléchir !

Tout ceci est rassurant mais s’inscrit dans le cours naturel de la culture. Il est question d’accompagner les artistes le mieux possible parce que «  Ce sont les artistes qui nous permettent de penser et de réfléchir les institutions. » Là, c’est mieux ! Une institution qui réfléchit et se réfléchit ! En avions-nous perdu l’habitude avec le précédent directeur occupé davantage, apparemment, à imposer sa volonté qu’à réfléchir avec les élus et les structures locales parfois, il faut le souligner, trop complaisants ou inefficaces ? Chercher à influencer le vote des membres du CA ou faire de judicieux choix artistiques qui emportent l’adhésion des membres en question sans avoir à les manipuler, voilà le véritable enjeu.

L’héritage, quel cinéma !

Le Festival du cinéma italien ? Bertrand Salanon hérite d’une situation dont il n’est aucunement responsable. Il se demande quelle est l’utilité de cet événement. Historique, culturelle, pourrait-on lui répondre. Il souligne que les scènes nationales sont censées soutenir l’art vivant. Ce festival était justement l’occasion de faire vivre le cinéma : rencontres, conversations, participation autrefois de toute la ville  y concouraient. Au fond, cet événement de portée internationale était le seul à toucher directement presque tous les Annéciens. Bertrand Salanon pointe les difficultés de financement. On l’aura mal renseigné. D’après un élu, Salvador Garcia aurait omis de transmettre un dossier à la partie italienne pourtant prête à abonder ce financement. Reste aux associations, aux cinémas d’ Annecy à voir s’ils ont envie de relancer ce festival.

Un homme qui dit bonjour

S’adresser aux jeunes, l’art vivant, l’art du geste, problématiques actuelles… L’Auditorium Seynod s’est tourné vers la promotion du hip hop. Pourquoi pas ? Tout est affaire d’équilibre. Il faudra le trouver entre des textes qui conduisent à une véritable réflexion et le divertissement. Faisons confiance à Bertrand Salanon. S’il hérite, par exemple, d’Annecy Paysages, il veut déployer l’événement et l’installation sur l’ensemble des six communes qui constituent Annecy maintenant. Espérons que le choix des œuvres sera plus judicieux et qu’il impliquera plus largement les personnes véritablement en charge de l’art dans la ville. Bertrand Salanon, en conclusion, dit bonjour à tout le monde : c’est rassurant et nous change des manières rustres de son prédécesseur. S’il arrive à faire d’une scène nationale une structure au retentissement véritablement local, bienvenue.

PS

Le nouveau directeur souligne les aspects positifs de l’héritage dont il bénéficie en prenant la tête de Bonlieu. Il y englobe heureusement Daniel Sonzini et Salvador Garcia. Beaucoup oublient ou méconnaissent le premier. Il sera fait citoyen d’honneur de la ville d’Annecy le 20 janvier 2024. Daniel Sonzini rejoindra ainsi, dans une même reconnaissance, Gabriel Monnet. Il ne s’agit pas d’encenser le passé mais de le mieux connaître afin d’éviter les confusions culturelles et politiques qui fleurissent de plus en plus.