Des larmes de sang

Des larmes de sang

6 mai 2024 0 Par Paul Rassat

Dans l’antiquité le phénomène existait déjà. Des pluies rouges arrosaient le pourtour méditerranéen et au-delà. Quand ils ne passaient pas leur temps à taper sur les Gaulois, les Romains croyaient que ces pluies rouges étaient des larmes de sang. Les dieux pleuraient ! Les Gaulois, eux, se contentaient de craindre que le ciel ne leur tombât sur la tête. Ces pluies rouges provenaient en réalité du sable saharien emporté par le vent, mêlé aux nuages et se déversant des milliers de kilomètres plus loin. Ah, la mythologies, ces dieux auxquels il fallait sacrifier afin de les amadouer. Talpa a enfin trouvé la véritable origine de ces pluies rouges : un type qui, depuis au moins trois mille ans, s’amuse dans le sable !

Sacrifier aux dieux

Rappel du travail de Bernard Lahire dans Ceci n’est pas qu’un tableau-Essai sur l’art, la domination, la magie et le sacré.

Le sacré et le profane

Tout ordre social hiérarchisé est structuré par des rapports de domination. Il repose sur des « valeurs » collectivement admises ou respectées, des croyances collectives en l’importance de « biens » (moraux, culturels ou matériels) ou de « pratiques ».

Ces valeurs constituent le domaine du sacré et se distinguent du profane. Les dominants tissent des liens permanents avec le sacré et renvoient les dominés du côté du profane. Ils tirent leur légitimité du sacré. Ce réseau de relation au pouvoir en perpétuelle évolution se présente comme des états de faits. Une complicité existe entre dominants du passé et du présent unis par la même relation au sacré pour asseoir leur domination.que les dominés subissent.

Rapports de force

Toutes sortes de gradations existent à l’intérieur de ce rapport de force dominants/dominés. Les premiers captent à leur seul profit la dimension sacrée. Ils en tirent des propriétés symboliques qui dépassent leur personne : prestige, charisme, charme…Ils bénéficient de la puissance que leur reconnaît le groupe. Une désirabilité collective se forme pour des choses de valeur. Elle participe à l’intériorisation de la séparation entre le principal et le secondaire,…le signifiant et l’insignifiant, le remarquable  ou l’exceptionnel et l’ordinaire, le légitime et l’illégitime, c’est-à-dire entre le sacré et le profane. Rituels de rattachement au sacré, d’appropriation sont en lien avec des stratégies dynamiques.

Fictions du pouvoir

 Le rôle du sociologue consiste à démonter les fictions du pouvoir (aux effets bien réels) et à mettre au jour l’ensemble des conditions dans lesquelles un pouvoir peut s’exercer, avec la contribution plus ou moins active des dominés. 

Retour à la mythologie contemporaine

Souvenir de ce reportage sur une tribu. Les hommes y tiraient leur pouvoir de ce qu’ils faisaient croire aux femmes qu’ils n’auraient pas eu besoin d’uriner ou de déféquer. Adultes, ils se cachaient pour assouvir ces besoins naturels. Devenus vieux, ils étaient assistés par des femmes qui faisaient mine de ne rien voir. Le pouvoir repose bien souvent sur de l’enfumage. Le travail de Bernard Lahire explique que beaucoup veulent se rapprocher du « sacré », de la star, de la vedette, de l’élu, de la personne qui détient de l’argent. Toucher ! Récupérer la petite culotte ! [La culotte doit être petite, sinon la magie n’opère pas]. Et puis le temps passe, la fascination disparaît : parfois avoir donné son corps sous l’influence d’une emprise hypnotisante se révèle un simple commerce charnel. Patatras !

La photographie montre Franck Landauer dans un happening particulièrement réussi.