Échec et mate.
21 octobre 2026On connaît la formule qui met fin à une partie « Échec et mat. » Shāh māt signifie « le roi est mort, impuissant, vaincu. » Il semblerait que notre bon vieux système capitaliste qui se prolonge dans le libéralisme donne des signes d’impuissance. Il est finalement dépassé par ce qu’il a lui-même engendré. La course à la consommation consume les ressources, l’énergie et les gens. Notre système est en échec. Doublé d’un échec typiquement français.
La tête et le corps
La façon dont on exécute (ou exécutait) la peine de mort d’un pays à l’autre est significative. La chaise électrique, très moderne, réunit l’énergie et la fée électricité. L’injection létale, même si elle montre ses limites, se voudrait médicale. En tuant, elle soigne la société. La France utilisait la guillotine. Une façon définitive de séparer la tête et le corps, le corps et l’esprit. Il semblerait que notre bon pays, la France, garde cette fâcheuse tendance qui pousse la tête gouvernante à ne pas écouter le corps social. C’est au point où le discours ne parvient plus à raccommoder les deux. Souvenez-vous de cette formule typiquement française. « Tout condamné à mort aura la tête tranchée. » Superbe alexandrin. Douze pieds, une tête, un corps.
Voltaire et Rousseau
Notre beau pays fonctionne, s’il fonctionne, sur le mode de la séparation. L’esprit à Paris, le corps ailleurs. L’ordre de l’État, les forces de l’ordre au milieu, le désordre, forcément, à l’opposé. La raison, Voltaire, les sentiments, Rousseau. Gavroche les renvoie dos à dos. « Je suis tombé par terre/ C’est la faute à Voltaire/ Le nez dans le ruisseau/ C’est la faute à Rousseau. »
Mater, marteler
Le corps politique fait le grand écart entre l’esprit, qui semble lui manquer, et le corps du pays. Il s’arc-boute sur un modèle dont on peut se demander qui il satisfait encore. Sans doute une minorité dont font partie nos élus puisqu’ils tirent leur pouvoir de ce système. Alors, à celles et ceux qui dans la rue, mais aussi dans les réunions, dans les concertations avertissent depuis longtemps « Échec et mat », le roi est impuissant, est en échec », le chef de l’État et le gouvernement répondent, par habitude, par manque d’imagination créatrice « Échec et mate. » Mater vient de mat. Mais la matraque qui sert à mater vient d’un mot arabe qui signifie initialement marteau. Si les forces de l’ordre savaient qu’elles font « régner l’ordre » en utilisant le vocabulaire arabe ! Et que le marteau se retrouve en priorité sur les drapeaux communistes !
« Le roi est mort, vive le roi ! » déclarait-on autrefois lors d’une succession. La continuité du pouvoir était assurée ainsi. Les élections ont remplacé ce mode de fonctionnement. Les matraques maintiennent la continuité de l’ordre dans le désordre. Ou du désordre dans l’ordre.
