Grave et sérieux

Grave et sérieux

1 septembre 2026 0 Par Paul Rassat

Tout est grave ; rien n’est sérieux. La gravité est le caractère de ce qui est pesant, lourd. De ce qui pèse son poids. C’est ce que signifiait l’adjectif latin gravis. La grossesse est liée à ce caractère de gravidité, et de gravité.

Souvent sérieux varie (ou devrait varier)

Le sérieux dérive de seriosus et de serium (neutre) : chose sérieuse. L’homme sérieux « s’intéresse aux choses importantes ; se montre réfléchi et soigneux dans ce qu’il fait. » Le sérieux est un genre qui « se caractérise par l’intérêt porté aux valeurs importantes. » Les choses importantes. Quelles sont-elles ? Les valeurs ? Ne sont-elles pas changeantes et sujet à discussion ? La fameuse « valeur travail » semble avoir disparu des discours. Aurai t- elle perdu de son sérieux ? Serait – elle creuse ou changeante suivant les transformations de la société ? Le sérieux consiste à se figer alors qu’il devrait évoluer.

Le masque du sérieux

D’après Daudet il faudrait « donner du sérieux aux choses futiles, traiter légèrement les choses graves. » François Morel, lui, cherche à être « futile à la France. » Le sérieux masque trop souvent le vide, l’absence de pensée personnelle, le fait de camper sur des opinions qui tiennent celui qui les énonce au lieu qu’il se les soit formées par l’esprit critique. Ce sérieux n’est d’aucun poids réel.

En revanche, tout est grave. Le rayon de soleil, un chant d’oiseau.

« De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. »

Confusion

Grave mais pas lourd comme le sérieux ! Tout doit faire sens, fait sens, y compris le futile, le volatil, le subtil. Alors que le volatile se cuit au four, à l’étouffée, doré et laisse à la cuisson sa dimension ailée, Henri IV, grand coureur de jupons, commit une erreur fatalement sérieuse, ou sérieusement fatale, en cantonnant la poule le dimanche et au pot.