Jeanne d’Arc

Jeanne d’Arc

5 mai 2026 0 Par Paul Rassat

Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc de Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte. Livre merveilleusement sordide. Le dessin y est parlant. Monseigneur Cauchon prête son patronyme à l’homophonie. Cauchon / cochon.

Enjeux, convoitise, calculs politiques, financiers, intérêts bassement personnels se conjuguent autour de la capture et de la condamnation de Jeanne d’Arc. La France ? Oubliée.

Quelques exemples ? Les comptes de Cauchon sont à peine à flot. « La dîme ne rentre plus. » Un banquier lui propose un prêt afin qu’il puisse acheter Jeanne d’Arc à celui qui la détient. En échange de quoi elle sera brûlée et ses ossements et cendres transformés en reliques revendus afin de rembourser le prêt. « Nous savons, vous et moi, que la pucelle sera brûlée…Mais comment en serait-il autrement ? Vous n’avez pas payé l’accusée 10 000 livres tournois pour la laisser partir. » déclare le banquier en question à Cauchon. Ce à quoi le second répond « Si la pucelle est condamnée au bûcher, c’est qu’il aura été prouvé que ses dires sont mensongers et qu’elle aura été convaincue d’hérésie… » Il faut considérer le « si » comme un terme de mathématiques : si a=2…Ce si est une donnée, pas un conditionnel.

L’idée ingénieuse de Cauchon est de faire avouer à Jeanne d’Arc qu’elle ment, est hérétique, sans la torturer. Il suffit de profiter de son analphabétisme et de son jeune âge. Le procès ? Une mise en scène dont la portée doit servir Cauchon. Et ainsi de suite. Jeanne d’Arc ? Un simple enjeu. Le point de vue adopté est brillant et brillamment développé.

À mettre en relation avec le début du roman écrit par Jean Teulé, Je, François Villon. « Deux hommes d’armes de l’escorte anglaise s’approchèrent en cotte de mailles recouverte d’une tunique peinte d’une grande croix écarlate sur la poitrine. Ils rassemblèrent les cendres et les escarbilles osseuses dans deus seaux en bois qu’ils allèrent renverser dans la Seine parmi les joncs frissonnants où une grenouille coassa.

Un vent océanique soufflait. Les cendres roulèrent sur l’eau et s’envolèrent…[Elles]s’élevèrent haut dans le ciel vers l’orient, suivant les mouvements de lacet du fleuve… »  Et nous suivons ainsi les cendres de Jeanne jusqu’à Paris « la ville aux cent clochers sous domination anglaise. »

L’aventure se prolonge aujourd’hui. Les repas français fleurissent, qui voient les participants se vanter de manger du cochon.