Privé, public
6 mai 2026Dans Les mensonges de l’économie, Galbraith relève les fictions « utiles » qui font croire que le marché est naturellement efficace, que le consommateur est souverain, que le secteur public est inefficace et le privé performant. Ces récits sont biaisés. Les grandes entreprises ont intérêt à faire croire que le secteur public est inférieur par nature. Il s’agit ainsi de réduire les régulations, de capter les activités auparavant publiques, de gagner du terrain.
Biaiser
Pour ce faire, le privé définit à sa façon et à son avantage la performance afin d’apparaître supérieur. Il valorise la rapidité, la rentabilité et l’audience en matière de médias, en minimisant l’égalité, la continuité, l’accessibilité. France Télévisions est jugé sur ses coûts, son audience, sa modernité ; sont invisibilisés le pluralisme, le soutien à la création et la non-rentabilité de la couverture. Les médias privés ne sont pas tenus aux mêmes obligations structurelles.
C’est ce que Galbraith appelle un déséquilibre narratif. La « réalité économique » n’existe pas. Elle est le résultat de choix et de récits. Il y a sous-jacents à ces récits, des visées idéologiques.
Dans un autre domaine, affirmer que l’IA va détruire des emplois n’est qu’en partie vrai. C’est l’emploi que l’on fera de l’IA qui sera déterminant.
Façonner à sa main
Le secteur public fait ressortir les limites du privé ; celui-ci s’emploie donc à le discréditer en créant des mensonges innocents. Parmi ceux-ci, faire croire que si un programme a du succès, c’est qu’il répond à une demande. En oubliant volontairement que celle-ci est fabriquée, façonnée, formée. Autre exemple : moins d’État, plus de liberté. Quelle liberté ? Celle d’aller tous dans le sens de celui qui détient les médias ? Dernier exemple : la concurrence garantit le pluralisme. On voit au contraire qu’elle favorise la concentration dans les mêmes mains, et donc un déséquilibre.
Mettre en forme
Si nous plaçons cette réflexion dans le champ de l’information, ceci devient très intéressant. Pendant les débats dirigés par Charles Alloncle sur l’audiovisuel public, celui-ci s’est employé à faire dire quels sont leurs revenus à certaines personnes. Alors que les revenus en question figuraient dans les dossiers à la disposition du rapporteur. Il ne s’agissait pas pour lui d’obtenir une information dont il disposait déjà, mais de la présenter comme un aveu. Sur une chaîne appartenant à M. Bolloré, le plateau débattait. Avait-il été pertinent de dévoiler la rémunération d’Olivier Nora, directeur récemment licencié de Grasset ? Pascal Praud, le plus benoîtement possible déclara : « Ben quoi, c’est de l’information. »
(Photo: de l’intérêt de la mise en forme, de l’information).
Que serions-nous, privés de public ?
Public, privé, l’enjeu n’est pas que l’information, mais aussi comment on la présente, ce qu’on en fait et dans quel but. Certains en font tout un fromage qui ne sent pas très bon. Fromage a d’abord été formage, mise dans la forme. À déformer ainsi on fait croire que ce qui se vend a automatiquement de la valeur ; alors qu’on a faussé le marché. Il en va de même dans le marché de l’art. Et en politique. La forme prime, même vide.

