La femme au portrait

La femme au portrait

8 septembre 2026 0 Par Paul Rassat

De Nicolas Tellop et Antonio Lapone La femme au portrait tisse plusieurs histoires en une. Sous la forme d’un polar, on nous balade entre fiction et réalité (de la fiction) dans l’univers de l’image. Animée pour le cinéma, fixe pour la peinture. Bien que, d’un tableau à un autre se construise une histoire qui raconte celle du peintre. Une mise en abyme qui interroge notre relation à l’image dont le pouvoir absolu confine à l’obsession; à la folie.

Le récit, librement inspiré d’un film de Fritz Lang, est d’une virtuosité renversante : faux-semblants, magie, folie cohabitent avec une véritable pensée philosophique sur le regard.

Regarder ou voir, telle est la question.

Regarder et voir

Andrea Marcolongo cite « Ils ont des yeux pour (regarder) et ils ne voient pas » …  « regarder un film, voir un tableau – ou l’inverse » Regarder, étymologiquement, c’est observer, surveiller, conserver. Voir consiste à élaborer une pensée grâce au regard. Et à penser que ce que l’on regarde nous regarde; comme dans l’album Deux filles nues.

La réponse à la question est donc regarder et voir. La femme au portrait retrace tout le parcours qui mène de la vision à la compréhension. La complexité du processus s’enrichit de la complexité et de la dualité des personnages ; tout ceci dans le temple de l’enfumage, Hollywood, et sur fond de décor de cinéma. La réflexion s’accompagne de références au Faucon Maltais, indirectement au film Blow Up. Référence aussi à Ulysse, à propos de la détective MISS X. « On m’a laissé deux options : n’être personne ou être une personne qui n’existe pas » Missing Miss X. Entre oubli et éternité, d’Ulysse au cinéma, de l’image à l’enfumage se construit un récit ou la réalité de la fiction se fond avec la fiction de la réalité.

Rêve et réalité

Le tout ne fait pas l’économie d’une réflexion sur les relations femmes / hommes. « Vous avez déjà remarqué combien on encourage les hommes à rester des enfants ? On leur fait ressentir tout l’orgueil qu’il y a à réaliser leurs rêves de petits garçons…Je crois que c’est ce qui rend les choses si difficiles pour nous les femmes. Vous imaginez une femme qui serait restée une petite fille, qui se comporterait comme telle ? »

À la profondeur du scénario et du propos, ajoutez l’image au couteau. Choisissez de préférence la version en noir et blanc ; ou en blanc et noir. Très noir mais avec de l’humour.

(Album conseillé par BD Fugue Annecy)