La soupe à la grimace

La soupe à la grimace

9 novembre 2022 0 Par Paul Rassat

Cette histoire de soupe jetée contre un tableau commence à sérieusement faire réfléchir. Le tableau de Van Gogh n’a pas souffert grâce à un écran protecteur. Symbole. Nous faisons tous tellement confiance à nos écrans que nous n’avons plus de contact direct avec une forme quelconque de réalité. Ce qui pose d’ailleurs la question de l’existence même d’une réalité.

Soupe existentielle

Il semblerait que la réalité soit morcelée, visible sur l’écran de chacun donc particulièrement subjective. Lionel Naccache considère que notre relation à la réalité est la même que celle que nous avons avec un film. Les informations nous arrivent image par image, séparées. C’est notre cerveau qui leur donne une continuité de perception. C’est de la même manière que nous nous percevons et avons conscience de nous. Souvenirs, activité présente, conscience du corps liée au fonctionnement de tels et tels organes…sont moulinés par notre cerveau en une soupe au goût d’existence.

La réalité sans profondeur

Mais si notre perception de la réalité demeure coincée au niveau d’un écran, sans profondeur, sans mémoire personnelle autre que liée à cet écran, que devenons-nous ? Des trucs à Musk ou à Zuckerberg ? Devenons-nous des écrans sur lesquels tout peut glisser ? Le langage lui-même fait écran. Un policier déclarait à la radio « Lorsqu’ils ont interpellé le véhicule ( qui avait tenté de forcer un barrage de police), les collègues ont vu que la passagère était impactée d’une balle. » Elle n’était pas blessée mais impactée. Les obligations de quitter le territoire français deviennent des OQTF se confondant dans la même appellation avec les gens qui tombent sous le coup de ces mesures. Il a même été question de gens éligibles à une telle mesure ! Comme si c’était un privilège. Et l’on n’interdit pas aux migrants de débarquer, on évoque des bateaux.

Annecy, ville scénarisée

Talpa a déjà exprimé son opinion sur Annecy Paysages. Faire de la ville un écran. Alors que la nature environne la ville, montrer à l’intérieur de celle-ci une image pseudo artistique de la nature ! C’est maintenant le village de noël qui prend le relais. Les « chalets » en bois de sapin répondent aux forêts environnantes. Pourquoi garder une relation avec le vrai quand on peut faire du faux qui imite le vrai ? On s’est moqué un temps des poissons carrés et panés. On s’habitue à tout, même à la ville paysagée et à l’invasion de la ville par les marchands du temple. Peut-être arriveront-ils à nous vendre de la soupe pendant que d’autres la servent afin d’avoir l’impression d’exister.

Mal nommer les choses…

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » écrit Camus. Mal les nommer sciemment est encore pire. Scénariser, vitriniser, superficialiser…