Le papillon et La Joconde

 Le papillon et La Joconde

5 décembre 2023 Non Par Paul Rassat

Cette histoire, le papillon et La Joconde nous mène dans les méandres du risque et de la responsabilité, enjeu majeur de notre société. (Illustration © Franz Schimpl).

Tobie Nathan in Méditations sur le risque

«  Pourquoi les sociétés modernes ont-elles…substitué l’angoisse à la frayeur ? Dès le début du XIX ° siècle, elles avaient commencé à opérer une véritable mutation, s’engageant avec passion dans la compétition capitaliste. La personne devenait responsable d’elle-même, responsable de ses succès comme de ses échecs, responsable de son état physique et mental…

  La société répète inlassablement cette profession de foi : vous êtes totalement responsable ; s’il vous arrive des malheurs, si vous tombez malade, si vous développez un symptôme, c’est que vous vous êtes «  mis en risque » ( sortir de sa zone de confort). Vous avez un cancer du poumon ? Vieux fumeur, buveur impénitent, vous en êtes responsable. Vous avez eu un accident de moto ? Vous connaissiez les statistiques ! …aucun moyen d’échapper à cette liberté nouvelle !…

L’évaluation du risque est devenue une seconde nature…elle envahit nos consciences et nos smartphones. Regardez bien, vous avez certainement une appli pour mesurer les battements de votre cœur, vos taux d’oxygène, le nombre de calories dans le produit que vous achetez au supermarché…Tout cela pour prendre le moins de risque, pour rester intègre, inchangé. »

Corollaire

On se souvient du battement d’ailes d’un papillon qui provoque une tempête à l’autre bout de la planète. Nous sommes devenus cette métaphore. Nous sommes devenus ces papillons dont chaque geste compte. Des papillons responsables de chacun de nos gestes. Le système ? C’est l’individu.  L’État ? C’est l’individu. La dette ? L’individu encore. Les emballages plastiques, la soif de consommation, la surproduction, la communication ? L’individu ! Alors, à lui de composter ses déchets, d’acheter en vrac et de vivre équitable.

Paradoxe

On demande à l’individu de faire tourner la machine économique. On lui demande dans le même temps d’être un citoyen responsable de tous ce que nos dirigeants ne font pas, ou mal, ne décident pas, ou mal.

L’allègement des vernis

La Fondation Christian Réal recevait Paul Saint Bris pour son roman L’allègement des vernis. Conversation instructive et intéressante avec Paul Roda. Un passage du livre nous renvoie à cet article. Alors que les débats opposent les partisans et les adversaires de la restauration de La Joconde, ingénieux prétexte d’une réflexion bien plus large, il est dit qu’au fond, si d’éventuels dégradations se produisaient pendant le travail de restauration, il faudrait en tenir pour responsables la main et le pinceau. Le bout de la chaîne. Cet allègement des vernis est aussi un allègement des responsabilités ! Le papillon citoyen est devenu le bras et le pinceau de toute la société.

Responsables mais pas coupables

Grimper dans les échelons de responsabilité semble exonérer des véritables responsabilités. Le monde s’inverse. Nos dirigeants deviennent plus ou moins respsonsables, mais pas coupables. Nous, citoyens, devenons en revanche coupables, mais pas vraiment responsables puisque la désinformation nous manipule et influe sur nos décisions. Dont l’élection de nos dirigeants. Nous aurions les politiques que nous méritons ?  Nous avons en réalité des responsables qui ont assez de culot pour prétendre apporter des solutions à tous les problèmes, même ceux qu’ils créent.