Marcel Bascoulard, de Frantz Duchazeau
10 mai 2026Beau, simple et saisissant. C’est ce que je viens d’écrire à quelqu’un pour lui conseiller la lecture de Marcel Bascoulard, inspiré par la vie de …Marcel Bascoulard. (Conseillé par BD Fugue, Annecy)
Entre deux réalités

Un patronyme à basculer entre deux réalités. Clochard, travesti, pauvre riche d’art, de poésie, de son univers démuni. Condamné à réaliser des dessins figuratifs à la commande mais désireux de réaliser son monde psychologique dans l’art abstrait. Reconnu et pourtant absent lors du vernissage de son exposition. Indépendant intellectuellement, dépendant (très peu) matériellement et pas du tout sentimentalement. Marqué par la mort de son père violent tué par sa mère, et dessinant des cathédrales, des constructions. Entre détruire et conserver. En équilibre instable dans la vie comme sur son espèce de tricycle, mais toujours debout malgré les lazzis du citoyen moyen et les violences. Parlant avec son amie Rita de déconstruction, d’abstraction, de fractionnisme. Entre art et « lubies » ou « accoutrements. » (Qui se déguise, du déséquilibré ou de celui qui se force à garder l’équilibre, l’apparence ?) Mépris des riches, jalousie des pauvres. Honoré et dédaignant les honneurs. Dessinant la faille, les éclats d’une vie « comme un puzzle avec des pièces manquantes, ou comme un miroir brisé ».
Une absence envahissante
Frantz Duchazeau pousse l’intimité avec l’univers de Marcel Bascoulard jusqu’à cet infime détail presque invisible mais si parlant : le décompte à rebours pour un autoportrait photographié du « héros » qui fait passer de la première à la deuxième page du livre. « Dix, neuf, huit, sept, six, cinq ». On tourne la page. « Trois, deux, un. Clic » Le quatre est absent ; la famille composée du père, de la mère, de Marcel et de sa sœur a explosé. Un manque. On pense à La disparition de Georges Pérec. Un roman dont la lettre « e » est absente, comme « eux » disparus de sa famille dans les camps de concentration.
Et cette formule « La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine. »

