Anima2
9 mai 2026L’exposition Anima2 fait suite à Anima, quand le dessin s’anime de l’an dernier. Deux expositions, ne serait-ce pas le début d’un mouvement ? D’autant plus intéressant que celui-ci est en lien avec l’univers du Festival d’Animation. L’aventure aurait pu prendre fin prématurément avec la fermeture de la Fondation Salomon pour l’art contemporain. C’était sans compter sur la volonté de la ville, le relais assuré par images passages, l’énergie et l’expérience de Charlotte Debraine Molina (MOLIARTE art & culture) et de Xavier Chevalier. Parmi les partenaires de l’exposition, le FRAC de Picardie, représenté au vernissage par son directeur.
Pascal Neveu, le FRAC de Picardie étiez déjà présents l’an dernier pour ANIMA ; vous persévérez !
L’intention est de créer un rendez-vous entre les pratiques d’artistes et les pratiques de l’animation. C’est un dialogue entre les artistes repérés par le FRAC Picardie et ceux qui opèrent dans le champ de l’animation. Nous sommes partis de nos collections et avons choisi des artistes qui par leurs séquences, des travellings sont reliés, même par la terminologie, au cinéma. Et puis la thématique de la nature, de l’écologie est apparue comme le fil rouge de cette exposition. Nous ne sommes donc pas partis d’une thématique mais des œuvres. Toutes celles qui sont présentées ici évoquent la nature, la question de la disparition, de l’effacement, du désastre écologique.
C’est un thème très actuel et angoissant.
Il est investi par les artistes depuis très longtemps. Les œuvres trouvent une nouvelle lecture aujourd’hui. C’est aussi l’occasion qu’il y a des techniques très différentes dans l’animation. Des parcours très engagés, comme celui de Guy Oberson, ou de Florence Mialhe dans l’animation avec l’écran d’épingles ; celui de Christine Rebet, que nous présentons pour la première fois…Il s’agit de montrer toutes les affinités, les porosités qui existent entre ces démarches artistiques.
Montrer la disparition est un tour de force !
Oui, c’est aussi ce qui se joue chez Simon Rouby : rendre compte visuellement de ce qui se joue parfois de façon très silencieuse. Une grande partie des œuvres exposées viennent du FRAC ; les autres sont des emprunts directs aux artistes.
Si on remarque les différentes techniques, la priorité n’est pas de les mettre en avant, mais d’installer des conversations entre les œuvres. La chouette de Florence Mialhe répond aux oiseaux de Guy Oberson.
Cette exposition prend tout son sens à Annecy. Il s’agit d’affirmer l’importance de l’art contemporain, de souligner l’importance d’un lieu repéré mondialement pour l’animation et celle des pratiques d’artistes qui n’ont jamais opéré dans l’animation mais de qui le travail comporte la même approche.
Et puis il est intéressant, à travers cette démarche, de voir comment une structure publique, un FRAC, peut collaborer avec le secteur privé. Nous rejoignons ici un débat très actuel et très important.
C’était l’un des points de départ avec Jean-Marc Salomon : comment faire dialoguer une collection privée et une collection publique, et les artistes invités. C’est au fond un même écosystème qui se réunit à travers une exposition et permet de trouver des dialogues.
Il s’agit de travailler en « bonne intelligence », en créant les bons liens.
Oui, et cela permet d’aller fouiller dans les collections publiques pour mettre en avant des œuvres et proposer de nouvelles lectures de celles-ci.
Guy Oberson
Guy Oberson était présent lors du vernissage. Très agréable et enrichissante rencontre.

Votre travail en lui-même est très frappant. S’y ajoute la façon dont vos trois oiseaux accueillent le visiteur. Ils nous regardent, ils nous jugent. Que pensent-ils de nous ?
Si vous vous sentez jugé par le regard de ces oiseaux, c’est parfait. Je travaille depuis plusieurs années sur la question de la disparition de la biodiversité. J’ai été marqué par Printemps silencieux, le livre de Rachel Carson qui paraît en 1962. Elle y parle déjà de l’utilisation abusive des pesticides et prévient qu’à continuer ainsi on aura « des printemps silencieux ».
Avec Sophie Delabays nous avions déjà réalisé une installation qui s’appelle After Silent Springs. Nous réalisons une série de grands portraits dont 3, choisis par Pascal Neveu, sont exposés ici.
Ils forment une trinité.
En inversant la proportion, j’en fais de véritables portraits. J’ai beaucoup réalisé de portraits humains par le passé et mon expérience me permet de traiter les oiseaux autrement que dans le dessin animalier.
C’est ce qui est saisissant pour le visiteur qui arrive dans l’exposition. En jouant sur la proportion, vous inversez la relation.
La série se nomme Portraits contre oubli. Ces oiseaux provoquent une forme de malaise, une empreinte afin que nous ne les oubliions pas.

Sophie — Quand on regarde ces portraits de près, on se trouve presque dans l’abstraction, les choses se diluent et prennent consistance quand on s’en éloigne. Ceci suggère de se demander où est la place de l’humain par rapport à la nature. Il y a une distance à respecter si l’on veut laisser une place à l’autre.
À être trop près, on ne voit plus ; on phagocyte, même en amour. (Rires). Vous montrez la disparition, c’est un oxymore.
Merci pour l’oxymore. C’est totalement adéquat.
La question du portrait et de l’autoportrait mène à se demander qui regarde qui. C’est infini. Et la question du regard animal enrichit encore la réflexion.
En effet. On peut penser que je pervertis le regard animal en le rendant un peu humain.
Il nous observe. C’est un peu comme lorsque l’on sent un regard sur soi dans la rue.
Une discussion récente avec une cantatrice souligne notre très grande proximité avec les oiseaux; les humains auraient aussi commencé à chanter avant de parler.
Ce qui relève d’une perception animale qui va au-delà du raisonnement, de ce qu’on sait. D’ailleurs cette peinture qui semble très figurative, réaliste, est aussi très gestuelle. Le geste et le mouvement mènent très naturellement à la vidéo. En travaillant avec un réalisateur, j’avais vu à quel point en superposant les images, cela en produit encore d’autres. L’animation comporte un aspect très inventif, très expérimental. C’est très intuitif, on met des choses ensemble et on voit comment ça se passe.
Il y faut une maîtrise technique qu’on finit par oublier.
Mes portraits d’oiseaux nécessitent un travail très long. J’efface, j’y reviens, je prends de la distance et je me rapproche. Mon travail est totalement artisanal. Je fais trois portraits d’oiseaux par an ; je ne peux pas en faire plus.
La pierre noire permet de travailler la densité, les transitions, les surgissements depuis le sombre. L’œuvre au noir, de Marguerite Yourcenar est construit autour d’une logique comparable : descendre dans la matière obscure de l’existence pour atteindre une forme de lucidité intérieure.
Par association d’idées apparaît la notion d’alchimie. Vous travaillez à la pierre noire ; on pense à L’œuvre au noir, de Marguerite Yourcenar.
Il y a une part d’alchimie dans les portraits humains que je réalise. Ils ont l’air très précis. Je construis l’ossature, et puis en travaillant dans le geste, à force de tenter d’ingurgiter la présence que je veux sur le papier, différentes personnes passent. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné c’est la bonne personne qui apparaît ?
Qu’est-ce qui m’assure que je vois bien Guy Oberson ?
Mon processus est toujours de casser, de revenir.
Ce qui pose la question de l’identité. Passer aussi par le règne animal pour y arriver est passionnant.
Sophie — Guy travaille le regard jusqu’à ce qu’il y ait quelqu’un qui soit là. J’ai l’impression de les connaître, que nous les avons vraiment côtoyés. Exposés ici, ils nous attendent et nous invitent à une forme de réflexion.


Réflexion sur l’apparition et la disparition, l’agrégation et la désagrégation, l’image et le fantôme, le mouvement et la trajectoire.
Artistes exposés : Florence Miailhe, Guy Oberson, Giuseppe Penone, Raymond Pettibon, Christine Rebet, Simon Rouby, Momoko Seto, Cy Twombly.
Exposition du 8 mai au 23 août 2026. L’Abbaye, Annecy-le-Vieux.
Codicille
Impossible de clore sans un clin d’œil rapide à La Fabric / Salomon. Nous y reviendrons sans doute. En attendant, un vestige mural, entre trace et empreinte. Une invitation à aller plus haut? Merci pour le chemin parcouru.

