Mondial, Qatar, sport et politique

 Mondial, Qatar, sport et politique

12 novembre 2022 0 Par Paul Rassat

Flexibilité

Notre ministre des sports se « laisse encore un peu de flexibilité ». Elle ira au Qatar si l’équipe de France atteint les quarts de finale. « C’est un cap qui est important » a-t-elle déclaré. « Un cap important » eût manqué d’impact. Formulation trop directe, trop simple. La répétition du verbe être vaut forme d’insistance. C’est tout de même mieux que Didier Deschamps ayant pour objectif habituel de « sortir des poules ». Expression malvenue à l’heure de Me Too, appellation revendiquant à juste titre justice et indépendance pour les femmes tout en constituant une forme de soumission au globish galopant. Mais tout est « mondial ». ( Dessin de Juan, sur le site de Reporterre]

Déviance

Les homosexuels hésitent à se rendre au Qatar où ils sont considérés comme des déviants mentaux. Les amateurs de foot hésitent, eux, à soutenir un État déviant de la morale dont le niveau d’exigence international est pourtant assez bas en ce moment. Les ouvriers morts par milliers pour construire les stades auraient-ils manqué de flexibilité ? Madame Oudéa-Castéra, notre ministre des sports souhaite « qu’on rééquilibre…qu’on parle plus du sportif, qu’on arrive à se projeter dans le concret d’une équipe. »

Concrétude

Six-mille. On parle de six-mille ouvriers morts sur l’autel du foot. Six-mille hommes, personnes, individus bien concrets naguère. Imaginons une minute de silence à la mémoire de chacun d’eux. Ceci fait cent heures. La durée de 66 rencontres de football. Plus que le nombre de rencontres disputées pour ce Mondial 2022.

Ne pas confondre sport et politique

Ne confondons surtout pas le sport et la politique. Oublions la politique sportive de l’ex URSS. Oublions la RDA. Gommons les JO de Mexico et les poings tendus de Tommie Smith et de John Carlos. Effaçons la rencontre de tennis de table entre la Chine et les USA…

Ne confondons pas politique et réalité

Sur cette lancée, ne confondons pas politique et réalité. La politique se réduit à la gestion d’une réalité. Les professeurs de mathématiques ne sont pas des mathématiciens : ils enseignent un programme. Comme tous leurs collègues. Les ouvriers morts par milliers dans la construction de stades font partie de la gestion d’une réalité. Les migrants sont des chiffres, des statistiques. On s’en émeut quand le cadavre d’un enfant bercé par les vagues apparaît sur la plage de la télévision. Et puis les influenceuses et les influenceurs reprennent la main sur une réalité qui nous transforme en moutons. Le berger lance le ballon et les moutons jouent à sauter la réalité.