Raissa Sue Kang
19 septembre 2026Découverte du travail de l’artiste Raissa Sue Kang exposé à La Cour de l’Abbaye, Fondation Christian Réal, jusqu’au 14 décembre 2026.

Entretien avec Raissa
Votre travail respire la légèreté.
C’est effectivement l’un des approches qui m’animent. Je souhaite que mes œuvres soient éthérées, transparentes, oniriques. Ceci correspond aussi à une tradition coréenne que j’intègre dans la culture et l’environnement locaux, les montagnes, les Alpes.
Ce qui donne une familiarité teintée d’étrangeté, enrichie par l’onirisme que vous évoquez.
Je laisse place à un vide qui n’est pas une absence. S’établit ainsi un jeu comme entre le yin et le yang. Certaines lignes graphiques sont affirmées, soutenues, d’autres plus floutées, évanescentes. C’est ce qu’on appelle affirmation et relâchement.
Dans une sorte de laisser-aller maîtrisé. Arrive ce qui arrive.
D’où de nombreux ratés. Je recommence dans ce hasard maîtrisé qui correspond à une philosophie de la vie et qui ne suit aucune mode. Elle traduit mes racines ; voir le monde en toute légèreté, chanter la poésie.
Ce qui n’empêche pas une cohérence. Celle-ci peut prendre la forme d’un triptyque, d’une suite de réalisations présentée en accordéon sur le même support.
J’aime rappeler le lieu que je représente, mais je l’interprète. Je fais vivre sa force et ce qu’il irradie dans l’air.
Présence, absence.
Yin yang. Je ne peins pas non plus la scène comme une carte postale mais la lumière qu’elle porte en elle.
C’est le véritable objectif d’un artiste. Représenter l’impalpable.
Parfaitement. Quant à mes « accordéons » ils répondent à l’esprit des paravents qui décorent les murs en Corée. Nous peignons soit sur des paravents, soit sur des kakémonos. Puisque j’avais l’habitude de croquer sur place, pourquoi ne pas réaliser mes croquis directement sur un Leporello qui transcris parfaitement le dynamisme des montagnes ?
C’est une invitation au voyage.
Qui repose davantage sur le rêve que sur le compte-rendu d’un carnet de voyage. Dans ma culture l’homme ne fait qu’un avec la nature, dans laquelle il est totalement immergé. Je dessine donc sur place, en plein air, même à 3000 mètres d’altitude, même l’hiver, pour m’approprier l’émotion. Je transpose ensuite le résultat sur la toile, dans l’atelier.


Le travail de Raissa Sue Kang est un jeu incessant de construction-déconstruction-reconstruction dans lequel l’approche poétique et philosophique habite l’esthétique. Les lignes de force et le vide évanescent flirtent pour inciter le regard à travailler lui aussi, à interpréter. Rien n’est donné d’avance.
