Le chômage créateur

Le chômage créateur

18 septembre 2026 0 Par Paul Rassat

Voici quelques extraits du livre d’Ivan Illich Le chômage créateur.

« L’on voit bien, dès lors, que la plupart des communautés du monde sont confrontées à la même question critique (la standardisation) : ou les gens resteront des pions au sein d’une foule conditionnée pour aspirer à une dépendance toujours accrue…ou ils trouveront le courage qui, seul, permet de sortir indemne d’une panique – c’est-à-dire le courage de ne pas bouger et de chercher des yeux une autre issue que celle où tous se précipitent parce qu’elle est signalée. »

Ça travaille

Deux remarques. La réaction à cette standardisation dénoncée par Ivan Illich prend de plus en plus souvent une autre forme de standardisation : le complotisme. Simplification et uniformisation contre uniformisation et simplification. Et puis, cette standardisation gagne le domaine du travail.

Travailler dans les clous

« Le travail n’est productif, respectable et digne du citoyen que lorsque son processus est planifié, dirigé et contrôlé par un agent professionnel, garantissant qu’il répond à un besoin « normalisé » … L »’infrastructure de la société est aménagée de telle façon que seul le poste donne accès aux moyens de production, et ce monopole de la production des biens sur la création de valeurs d’usage ne cesse de se renforcer lorsque l’État s’en empare. On ne peut instruire un enfant sans habilitation spécifique, remettre une jambe ailleurs que dans une clinique. Les travaux domestiques, l’artisanat, l’agriculture de subsistance, la technologie radicale, l’enseignement mutuel, etc., sont ramenés au rang d’activités pour les oisifs, les improductifs, les plus démunis ou les plus riches. » D’où la transformation des sans-travail en pauvres ou en assistés.

L’État travaille du chapeau

Ivan Illich souligne « En 1945, pour chaque Américain bénéficiaire d’une retraite, il y avait 35 travailleurs en place. En 1977, il n’y a plus que 3,2 travailleurs en place pour entretenir 1 retraité… » Le monstre se dévore lui-même et en rejette la faute sur les assistés. Il faut préciser aussi que l’État ne joue plus que le rôle caricatural que lui assigne le libéralisme extractiviste (c’est son étiquette actuelle) qui crée un bouc émissaire pour mieux le dénoncer.

Pas question de travailler sans mesure.

L’auteur conclut en rappelant l’importance de revenir aux valeurs d’usage, à ce qui est véritablement utile à l’ensemble d’une société reposant sur la convivialité. À l’appui de ces considérations, citons la réponse d’Alfred Binet à qui on demandait de définir l’intelligence. Il répondit « C’est ce que mesurent mes tests. » Le travail ? C’est ce que mesurent les instruments de l’État. Et pour conclure, cette phrase récemment entendue « L’organisation elle-même génère du travail administratif inutile. »