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Cédric, Tristan, une rencontre, des idées, le BIKLE,

Le BIKLE, vélo électrique, est un produit hybride mais simple et évident. Évident par l’esthétique, par les solutions qu’il apporte. Entre vélo et moto, il transcende les modes et s’inscrit dans la durabilité.

Deux parcours, une rencontre,un vélo, le BIKLE

Cédric et Tristan, on verra d’où vous venez. Je vois où vous êtes, votre atelier.

Nous réalisons la conception et le montage dans cette pièce de trente mètres carrés. L’espace de stockage voisin fait vingt mètres carrés. Nous partageons le plateau d’ateliers avec une entreprise qui crée du mobilier en bois. C’est du recyclage de déchets bois venant de grosses entreprises pour d’autres qui font du RSE. De beaux bureaux pour Botanic, Hydrostadium Ils nous ont gentiment accueillis au mois de décembre quand nous cherchions un local.

Cédric, vous avez travaillé chez Ludovic Lazareth. Tristan ?

J’ai travaillé dans l’automobile, une PME qui faisait des sous ensembles pour des turbos. Comme chef de projets, je gérais tous les nouveaux produits, les prototypes jusqu’à l’homologation en séries.

La tête, les mains et le vélo

Vous étiez plutôt dossiers et bureaux ?

Effectivement. J’ai l’impression de faire maintenant le même métier, avec beaucoup plus de taches. Il y a des similitudes. Il faut trouver les bons partenaires, les bons prix, s’assurer des délais, de la qualité de ce qu’on reçoit. Ce qui concerne l’industrialisation rejoint ce que je faisais avant, avec le côté manuel en plus. Ce n’est pas pour me déplaire parce que c’est ce qui me manquait dans mon précédent job. La réalisation par le travail manuel.

Vous avez toujours cru à votre projet ?

 Cédric — Oui. Tristan a un diplôme d’ingénieur, une expérience de l’aéronautique. Je suis passé par l’aéro avant l’automobile. Nous sommes tous les deux passionnés de véhicules rétro.    

      Tristan — J’avais un garage avec des copains. On y bricolait le soir par passion. Cédric est venu nous aider un soir, par hasard. Il a intégré la garage. Pendant quatre ou cinq ans, nous nous sommes vus là-bas. Nous avons discuté de problématiques plus globales, de visions, d’envies d’évolution respectives.                                                                                                                                  

Une philosophie commune

Cédric —  La première fois que nous nous sommes rencontrés, nous étions tous les deux en Mini Austin. Croiser quelqu’un du même âge qui roule avec une voiture des années 80, c’était déjà un point commun. Au début, nous allions au garage pour travailler, pour avancer sur la mécanique. Et puis de plus en plus pour discuter jusqu’à nous retrouver assis sur le canapé avec une bière. Ce soir-là, nous n’avons pas travaillé. La discussion nous a permis de réaliser que nous avions des objectifs de vie similaires. Nous ne sommes pas dirigés par la volonté de faire fortune mais de concevoir, d’être proches de ce qu’on fabrique, de faire quelque chose qui nous appartient, qui correspond à nos valeurs.

Vous aviez une attente et une vision communes. Il fallait trouver ce qui permettrait le les concrétiser.

Tristan — Au départ, nous en parlions de manière générale. Comme j’étais licencié économique, je cherchais à me reconvertir. Je recherchais ce côté manuel, d’où des stages en menuiserie chez Bruno qui nous accueille ici. J’ai progressé. J’ai compris que je ne pourrais pas monter tout seul un projet. Cédric et moi avons des centres d’intérêt communs, la même vision. Nous pouvions discuter.

Les prémices

Le projet a évolué ?

Nous étions partis de la préparation de motos anciennes. Restauration, transformation, toujours le côté rétro. C’était mon rêve caché. J’ai réalisé que ça demande beaucoup d’heures de travail et qu’on a du mal à se payer. L’évolution des choses montre que ce n’est pas une activité d’avenir. Nous avions peur de la répétitivité du travail. Alors pourquoi ne pas créer un véhicule ? Une moto électrique. Nos exigences nous auraient mené vers un produit efficace que nous n’aurions pas été capables d’acheter pour nous ! Nos valeurs de départ n’y étaient pas. L’idée du vélo s’est imposée. Pratique en ville. Électrique, c’est top. L’offre actuelle ne nous satisfait pas. Pourquoi ne pas regrouper en un objet tout l’univers que nous affectionnons ? Les côtés vintage, moto.

Hybride, simple et non daté

À vous entendre, la dimension hybride vous correspond parfaitement.

Nous avons transposé un état d’esprit, un plaisir de conduite, une esthétique rétro.

Cédric — Quand on roule dans une voiture ancienne, avec une vieille moto, on partage une âme, une usure qui correspond au passé. Nous avons tous les deux ce besoin d’Histoire. De la nostalgie ? En tout cas une forme de respect pour le travail accompli par des gens qui ne sont plus là. C’est un patrimoine. C’est pourquoi nous fabriquons l’opposé de tout ce qui se fait aujourd’hui. Les vélos actuels sont tous connectés. Il y a une batterie dédiée au tableau de bord, un GPS…                                                                                                          Tristan — Nous avons décidé d’aller au plus simple pour que nos vélos soient réparables par n’importe qui. Si nous avons fabriqué notre cadre et la selle, tout le reste est acheté dans le commerce. Les pièces seront disponibles encore longtemps puisque ce sont des standards. Le guidon de moto, la fourche double Té toujours pour le côté moto. Les freins, la chaîne, le dérailleur sont accessibles dans le commerce.

Notre intention est de proposer un produit qui ne soit pas daté.

L’impression de solidité est évidente.

Cédric — Nous apprécions les objets qui ont bien vieilli. Les téléphones en bakélite…

Tristan — C’est ce que nous retrouvons dans les vieux véhicules. Du travail bien fait, intelligemment, simple.

Durabilité, écologie, déclinaisons

La durabilité rejoint l’écologie.

Nos vélos sont durables et réparables. Toujours le parallèle avec les vieilles Mini dont on trouve encore toutes les pièces.

[Une dame avait travaillé toute sa vie chez Hermès. On lui demandait à la radio sa définition du luxe. « Un objet réparable » a-t-elle répondu.]

Où en êtes-vous de la commercialisation ?

L’achat est possible sur notre site internet, Bikle.fr. Des boutiques, comme à Paris ou Marseille, proposent nos vélos à l’essai. Elles commercialisent déjà des produits spécifiques et c’est elles qui nous ont contactés. Nos vélos les intéressent parce que fabriqués en France, au prix du marché. Entre 2500 et 3500 euros en fonction de l’équipement.

Les choses vont évoluer ? Vous avez d’autres idées ?

Cédric — Oui…Mais nous nous concentrons sur un modèle qui nous permette d’en vivre d’ici deux ans et nous apporte une liberté de manœuvre pour la suite.

Tristan — C’est pourquoi nous avons décidé de créer un modèle « standard » Notre cadre est une sorte de « tableau blanc », une base pour toute modification, pour de nombreuses déclinaisons.

L’ingénieur et le bricoleur

On remarque tout de suite les pneus.

Ce sont des pneus vélo, mais ils participent vraiment à l’identité de l’objet. Le nom Bikle y contribue aussi. Il définit la marque et le produit.     Cédric — Un truc entre nous deux. Je suis le bricoleur avec mon expérience en prototypage alors que la production en série me passionne. C’est l’industrialisation qui rend accessibles des objets comme le nôtre. Tristan est l’ingénieur. Du prototype, on a tout redessiné sur l’ordi. Des industriels nous ont dit ce qui était faisable ou non. Nous avons corrigé en conséquence, envoyé en fabrication. Avec les pièces que nous avons reçues, nous avons fait les ajustages, les assemblages. Et un prototypiste qui travaille à cinq cents mètres d’ici a assemblé le puzzle.

Maillage humain et professionnel

Vous avez énormément d’accueil, de soutien, de collaboration dans un assez petit périmètre.

Tristan — Tous nous font confiance. Le sellier a bien voulu travailler récemment entre dix-huit heures et minuit parce que nous avions un délai impératif. Les gens s’investissent, sont réactifs.

Cédric — Même chose pour la peinture des cadres. Au moins un quart de notre activité peut se réaliser avec les gens installés dans le même immeuble que nous. Hier, nous avions une solution technique à trouver. L’un de nos voisins a retrouvé une machine achetée il y a quinze ans et en une heure nous avions trouvé la solution.

Tristan — Avec une machine datant de l’URSS. Une œuvre d’art à exposer ! Elle est passée par la Monnaie de Paris. On a des étoiles dans les yeux quand on voit travailler sur ce morceau d’Histoire à l’esthétique magnifique et encore en état.

Vision du temps, transmission

Vous avez la trentaine. Quand vous serez plus âgés, vous verrez encore des gens utiliser vos Bikle.

 Cédric —Nous avons appris à rouler avec les véhicules de nos parents et de nos grands parents. Mon père a appris avec une 500 XT, une moto des années 80.

Il faut s’inscrire intelligemment dans nos modes de consommation. Avec le retour au local, les gens acceptent plus facilement le délai. L’amazonisation a réduit le temps de livraison au point que les gens n’acceptaient plus de patienter. Tout doit être immédiat. Nous avons 75 vélos prévus pour cet été. C’est un challenge pour une année de démarrage à deux.

La touche autodidacte

Et désormais, avec les bons outils, tout va s’améliorer !

Et puis nous allons recevoir quelques coups de main. Dont celui de mon père qui faisait de la mécanique, comme mon grand père. J’ai grandi avec des magazines. J’y ai vu que Franco Sbarro a commencé comme mécanicien dans une écurie. Quarante ans après il est à la tête d’une école de design. Entre temps, il a fait plus de deux cents prototypes. Il était au Mans dans les années 70.

Vous rejoignez un thème que j’aime beaucoup. Avec ou sans diplôme, on est autodidacte dans la mesure où on se construit en construisant, en créant.

C’est l’Éloge du carburateur de Matthew B. Crawford.

Tristan — D’où le besoin de bricoler. Tout petit déjà, j’aimais tout démonter. Le diplôme constituait une porte d’entrée pour un milieu plus « confortable ». [Voir la conversation avec Emmanuel Renaut, chef trois étoiles qui nous accueille en taillant des carottes et souligne qu’il a besoin du geste.] Nos mains nous rendent conscients de la valeur du travail, du temps passé. Il faut le vivre pour s’en rendre compte. Ça participe à la conception de notre vélo, qui est l’antithèse du Smartphone ou du Smartbike connecté.

Accroché à une étagère, un long board de Fabien Poret. Dans un angle, une planche de surf, pour les vacances. La discussion s’oriente sur l’esthétique, le plaisir de la glisse, du déplacement. L’évolution des planches à voile. La position originale sur le Bikle. Impossible de rendre compte de cette réalisation technique qui concentre autant de passion.

Alors, un essai ?