François Morel

François Morel

9 septembre 2022 0 Par Paul Rassat

Je dois avouer, bien malgré moi, que je n’aime pas François Morel. L’homme est pourtant bonne pâte et pétri de qualités. Trop. À tel point que le pétri vient en mangeant à tous les râteliers. [ Pour rompre avec cette habitude qui consiste à montrer une photo de la personne que vous évoquez et que tout le monde connaît déjà, Talpa tranche. Ci-dessus une photographie de bêtes de zoo, François Morel étant lui-même une bête de scène]

L’homme orchestre

François Morel, dans toutes les disciplines, joue dans un fauteuil. Il est acteur, comédien, chanteur. Il écrit les textes qu’il dit à la radio. Je lui avais écrit un jour pour lui proposer un texte. Il m’avait aimablement répondu «  Mes textes, Monsieur, je les écris moi-même. » Comme Buster Keaton dans ce court métrage qui, totalement bourré déclare (écrit sur un panneau) «  Je conduirai moi-même ! »

Royale Gastro 

Royale Gastro est le titre du texte que j’avais envoyé à François Morel. J’en étais fier. Le voici.

Royale gastro

« Entendu à la radio un chroniqueur se moquer de la reine d’Angleterre souffrant d’une gastro. Une gastro, la reine ! La reine sur le trône, quoi de plus normal pourtant ? Il est de bon ton de se moquer des fonctions vitales que l’homme partage avec l’animal : évacuations diverses, sexualité…Mais qu’un roi ou qu’une reine défèque, exonère, quoi de plus normal, de plus naturel ? Nous sommes en cela tous rois et reines. Il est d’ailleurs bien plus facile de se moquer en utilisant une apocope (abréviation finale d’un mot) et en disant « gastro » plutôt que gastro-entérite, qui fait nettement moins rire. « Gastro », ça rapproche, ça fait familier, ça coule de soi ; rajoutez « entérite » et ça ne le fait plus.

De l’importance du bibi sur le popo

Non, que la reine fasse caca ne me choque ni ne me fait rire. J’ai du mal, en revanche, à l’imaginer sans chapeau et me demande ce qu’elle en fait en ces occasions particulièrement intimes. Garde-t-elle son bibi pour faire caca ? Dispose-t-elle d’un repose-chapeau dans les toilettes, à l’extérieur de celles-ci ? Au cas où elle resterait couverte en toutes circonstances, ses couvre-chefs sont-ils régulièrement parfumés afin d’en chasser ou de masquer d’éventuelles mauvaises odeurs qui ne seraient pas en sainteté au palais ?

Le trône, la couronne, le chapeau

On peut se demander  si certains modèles de coiffure ne sont pas spécialement choisis pour accompagner ces souffrances intimes et en limiter les effets. Des chapeaux plus stables, mieux profilés afin de compenser  les mouvements provoqués par de violentes contractions intestinales. Il est à souhaiter que les royales toilettes soient équipées d’un appareillage à la japonaise avec lavage et séchage automatiques incorporés afin d’éviter toute torsion du buste et de la tête que nécessiterait une hygiène intime dépendant  de pratiques bassement manuelles et de l’usage de feuilles ou de rouleau de papier. Le trône, la couronne, le chapeau ! de l’équilibre de ces trois entités dépend la stabilité du royaume ! Tout bon cinéphile se souvient de cette réplique qu’assène Robin Williams dans Fisher King, de Terry Gilliam « Croyez-moi, trois choses sont indispensables en ce monde : le respect de toute forme de vie, une douce et régulière défécation et un blazer bleu marine. »  Se pose donc la question essentielle du port du chapeau et de la stabilité du royaume.

Le chapeau du chef

Il était question, un peu plus haut, de fonctions vitales. Il faudrait à ce propos ajouter aux besoins naturels du corps humain et animal un besoin malheureusement quasi naturel du corps social : se trouver un chef. Dans de nombreux troupeaux, hordes, bandes…les chefs sont les plus forts, issus d’incessants combats qui installent et entretiennent une hiérarchie. Nourriture, sexualité, préséances dépendent de cet ordre où prévaut la loi du plus fort. L’intelligence n’y vaut pas tripette…tout comme dans les sociétés humaines. Notre avant-dernier Président de la République reconnaissait bien volontiers que ce n’est pas l’intelligence qui mène au pouvoir. Il y faut plutôt des couilles, de la testostérone. On devient dirigeant politique ou autre, Président, comme on devient chef de bande ou de horde. Mmes Thatcher et Golda Meir (sans parler du cas controversé de Jeanne d’Arc) illustrent parfaitement ce propos. Et puis, bien penser à délimiter son territoire afin d’inhiber adversaires et inférieurs en laissant le plus possible de marques odorantes.

Chapeau !

   Chez nos amis humains, la menace de la crise brandie en permanence  ne masquerait-elle pas l’impuissance croissante des dirigeants ?

Le pouvoir nécessite des tripes ! (ou de faire croire qu’on en a de solides). Chapeau à ceux et celles qui en ont ! »

Mais

Mais de ce texte-là, Morel ne voulut pas ! Ce type est une plaie. Il tient à lui tout seul une multitude d’emplois et sait même jouer à contre-emploi. Bon, mais comme il le fait bien, on ne peut pas lui en vouloir. Et puis…on apprend le décès de la reine. Même une reine est humaine.