Shrink fashion

Shrink fashion

10 septembre 2022 0 Par Paul Rassat

Shrink fashion, encore un anglicisme ! Nous ayant quittés en un spectaculaire brexit – amusez-vous à enlever le rex de ce mot – les Anglois continuent de nous envahir. Ils ont la langue plus longue que la Manche !

Un monde en morceaux

En quelques coups de langue, il est possible de passer d’un morceau de roi à des bas-morceaux ou bien à un morceau de musique. Le morceau se mange, se casse ou s’emporte. Calibré, estimé, il est mis en boîte pour appâter le chaland. C’est là qu’interviennent une première fois les Anglois avec  le  packaging ou l’art d’emballer.

Le mors aux dents

Morceau vient du mors et de mordre. On achève bien les chevaux, alors pourquoi pas les consommateurs ? L’économie doit mordre pour se nourrir et que l’on ne morde pas sur ses marges. Quand sévit la crise de l’énergie, du climat, de la guerre, l’économie mord davantage. Elle vend pour le même prix des morceaux plus petits. C’est la shrink fashion, la prestidigitation de l’emballage inchangé.

Du morceau à la portion, c’est la shrink fashion

Le consommateur est soigneusement accoutumancé. La réclame matraquée lui fait croire que les portions lui sont spécialement destinées. Elles répondent à ses désirs les plus profonds. Comme les millions de portions identiques préparées dans les usines de transformation alimentaire ou autre. Le consommateur doit continuer de consommer pour ne pas finir en morceaux ou en vrac, car sur le vrac prime l’emballage. Le look, coco ! Le look qui, lui, ne tolère pas les demi-portions.

Extrapolation

Pourquoi ne pas adopter la shrink fashion dans d’autres domaines ? Celui du travail, par exemple. Ce bon Nicolas proposait de travailler plus pour gagner plus. Arnaque ! Il suffisait d’augmenter les salaires pour le même cade horaire de travail. Mais revenons à la shrink fashion. Pourquoi ne pas travailler moins pour gagner autant ? Tout le monde sera content, travailleurs et consommateurs. En espérant que le prix de l’emballage n’augmente pas. Reste le domaine de la politique. Les programmes y enflent avant et l’action se réduit souvent en peau de chagrin après les élections. Le tour de prestidigitation version shrink fashion consiste alors à « faire preuve de pédagogie. » La pub et la pédagogie relèveraient-elles de la même démarche?