Immersion, piège à cons ?

20 novembre 2021 0 Par Paul Rassat

L‘immersion est à la mode

Un journaliste se doit de s’immerger dans le milieu qu’il veut décrire. Les expositions deviennent immersives. Les jeux vous immergent et vous submergent. Les migrants, eux, voyagent à contre courant, tentant par tous les moyens d’échapper à l’immersion totale. Paris aussi nage à contre courant, sauvée malgré elle par sa devise « Fluctuat nec mergitur ».

L’immersion rondpouinesque

Après le fer, le bronze, les grottes, les immeubles cossus ou en barre, la civilisation rondpouinesque repointerait-elle le bout de son nez ? Étrange rapprochement entre le gilet jaune et le gilet de sauvetage. La civilisation du rond point permet de faire un tour sur soi-même et autour de l’installation giratoire pour faire le tour de la question. Il s’agit ainsi d’échapper à la démarche immersive qui nous impose la ligne droite. Le flux tendu. Le point le plus court en géométrie, dans la réflexion et en matière d’absence de mémoire.

Doléances

 Jean Ziegler cite ce passage des cahiers de doléances (1789) «  Nos seigneurs…Les pauvres et les mendiants du royaume de France, entièrement séparés de vos Seigneuries, auraient le droit de prétendre former un quatrième ordre dans l’Etat. Nul n’aurait comme lui autant de sujets de se plaindre et des redressements de griefs aussi nombreux à demander. Tous les droits qu’ils tiennent de la Providence suprême ont été violés. Mais l’admission de notre ordre aux Etats Généraux, tout équitable qu’elle serait, ne ferait qu’embarrasser la marche de ses délibérations…Vos seigneuries, choquées de voir réunis ensemble les deux extrêmes et les intermédiaires de la société, trouveraient notre nudité révoltante, nos haillons ignobles et dégoûtants et craindraient la contagion de la vermine qui nous couvre…Mais lorsque nous renonçons en votre faveur aux droits le plus naturel et le plus légitime, daignez au moins vous charger de la défense de nos droits ».

La lutte déclasse

Le film d’emballage lénifiant de la langue euphémise notre perception de la réalité. On ne veut plus voir la nudité révoltante et les haillons ignobles de notre société. Les pays pauvres élèvent des murs autour des bidonvilles. Les plus riches élèvent d’autres murs, impalpables mais tout aussi séparateurs et efficaces. La lutte des classes n’est plus d’actualité. Elle a été dézinguée par la modernité clinquante. Mais elle ressurgit par les soupapes de la cocotte minute et nos relations sociales ressemblent à un film. « Je m’en vais lui faire une ordonnance. Et une sévère ! Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu’on va le retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle. Moi quand on m’en fait trop, je correctionne plus : je dynamite, je disperse, je ventile… » Le problème est que tout le monde réagit façon Raoul des Tontons Flingueurs.