Regard

Regard

13 février 2024 0 Par Paul Rassat

Monique Sicard publiait en 1998 La Fabrique du regard. Le livre commence par ces lignes : «  Comment pouvons-nous— encore — croire les images ? Comment pouvons-nous faire d’elles des témoins absolus quand, d’évidence, l’image n’est pas la chose, la carte n’est pas le territoire ? » Ce qui suit forme la conclusion du livre.

L’imprimerie

« L’imprimerie a bouleversé nos habitudes mémorielles. La diffusion des gravures à incité les savants à « aller voir », à se placer au contact direct des choses. Installant au monde un homme riche d’illusions : celles des recensements complets. »

La photographie

« La photographie a créé des liens, réunissant sous son alie tous les champs du savoir, facilitant les hybridations. Développant l’utopie du témoignage absolu. »

L’imagerie numérique

« L’imagerie numérique a redonné prise à la fiction sans que celle-ci s’oppose aux rationalités scientifiques ; elle a induit de nouvelles pratiques expérimentales. Simultanément se développaient les regards très outillés et mondialisés d’une science fortement institutionnalisée. Mais l’imagerie, les nouveaux traitements d’images n’ont aboli ni les illusions des recensements complets, ni les utopies d’une exactitude absolue. »

Les écrans

« Les écrans que la science a tendus au monde sont ainsi passés de l’inventaire à la preuve, de la preuve à la fiction, sans que jamais l’une de leurs propositions ne tombe en cours de route. Image inventaire, image preuve, image fiction : ce qui se construit là est le tout de l’image savante. Et ces images, formées elles-mêmes de couches superposées, participent en retour à la construction de nouvelles machines de vision, façonnent nos milieux de vie, font le lit de nouveaux regards. S’offrant à l’incessant va-et-vient entre esthétique et matérialité.

Au jeu sans fin des interprétations. »

L’image arbitre

Ce rôle omnipotent de l’image  apparaissait une fois de plus lors du récent match de rugby opposant l’Écosse à la France. Le résultat du match dépendait de l’arbitrage video, à la dernière seconde de la rencontre. Vues sous tous les angles, les images ne permirent pas d’infirmer le point de vue de l’arbitre et de valider un essai pour l’Écosse. On ne voyait pas vraiment, même avec la video, si le joueur écossais avait vraiment aplati le ballon dans l’en-but français. Et, dans le doute, abstiens-toi… La Fédération Internationale de Rugby pense à faire installer des capteurs video directement à l’intérieur du ballon afin d’assurer un arbitrage infaillible. On veillera alors à ce que le ballon ne soit pas aplati au sens propre, afin de préserver le matériel video.