Zep, Tourner la page

Zep, Tourner la page

13 mai 2026 0 Par Paul Rassat

Tourner la page sur une première de couverture, astucieux ! Zep nous invite à tourner les pages de son livre. Mais que pèse le livre de Zep ?

Le poids de l’auteur, de son image, de sa réputation ? Celui du contenu du livre ? Allez savoir. Une jeune personne lira avec intérêt cet album parce qu’elle y découvrira pas mal de thèmes récurrents au fil de l’histoire contemporaine. La mort, littéraire, sociale, la question de l’usurpation, le monde sans nous, après notre mort. Rien là de bien nouveau, mais une permanence d’interrogations dans laquelle se coule paresseusement l’auteur. Le tout n’est lié que par des rebondissements « improbables » comme on a coutume de dire actuellement.

Références

Pour un lecteur expérimenté, l’approche est différente. Les faiblesses de ce livre ont le mérite de laisser place à un faisceau de références plus solides. En matière de films traitant de l’usurpation littéraire, citons Tiré à part, de Bernard Rapp, Faux et usage de faux, Imposture, le Mystère Henri Pick parmi beaucoup d’autres. Le cas Romain Gary qui obtint deux fois le Goncourt, sous son nom et sous celui d’Émile Ajar, met en relief l’approximation en matière de jugement littéraire : personne, parmi les spécialistes, n’avait flairé l’imposture. Doris Lessing, elle, avait été recalée en présentant un manuscrit sous un pseudo ; pour voir. Nous frôlons les frontières de la question avec Dumas et son nègre Auguste Maquet.

Pour ce qui est de la fausse mort et de la disparition volontaire les exemples ne manquent ni dans le domaine du polar, ni dans les films.

Écrire ?

Reste le milieu de l’édition ; édifiant. Décevant. Les enjeux y dépassent l’intérêt purement littéraire. Parfois l’écriture elle-même pose question. À l’anciennement Fête du livre de Talloires, j’avais fait passer un mot aux auteurs : « Pourquoi écrivez-vous ? » Réponse sans aucun intérêt de Bernard Pivot. Profonde, de Maryse Wolinski. Inoubliable de vide de Michel Field « Pour vous répondre. »

Laisser glisser

Sur la 4° de couverture, après avoir tourné toutes les pages, on peut lire « Être mort, ça s’apprend. On peut glisser du paradis à l’enfer, si l’on n’y prend pas garde. »

« Mets de l’huile petit homme dans la vie, il faut que ça glisse
De l’huile petit homme, écoute, écoute
Mets de l’huile petit homme dans la vie, il faut que ça glisse
De l’huile petit homme, écoute, écoute plutôt Regg’lyss
Écoute, écoute »

La véritable question suscitée par cet album qui traite des turpitudes du milieu de l’édition ne serait-elle pas celle-ci? Sous un autre nom d’auteur, ce livre aurait-il été édité?