Merde !

Merde !

3 août 2022 0 Par Paul Rassat

«  Je vais quand même pas chier là où je dors ! » C’est la réponse d’un paysan à une journaliste. Chez le premier avait été tourné Une hirondelle a fait le printemps. La deuxième lui faisait remarquer qu’avec la location de sa ferme pour le tournage il aurait de quoi aménager des toilettes à l’intérieur de sa maison. «  Je vais quand même pas chier là où je dors ! » Réponse catégorique, définitive. Merde ! [ Photo © Philippe Migeat]

Merde alors !

Depuis Cloaca de Wim Delvoye ou Merde d’artiste de Piero Manzoni, la merde d’artiste trône non seulement là où l’on dort mais dans les musées, les galeries, les salons. La merde emboîte le pas à la Joconde.

Question de confiance

Le client, le collectionneur achète la matière déjà enfermée et scellée dans son contenant. Tout repose donc sur un lien de confiance. Comme en politique. On achète sur plan, sur programme, à l’aveugle. C’est une partie de poker menteur. D’autant plus que la merde est vendue au prix de l’or et que l’œuvre d’art peut fermenter et exploser.

Avoir la banane

La banane de Maurozio Cattelan scotchée sur un mur s’est vendue 120 000 dollars. Peut-être le prix de 60 tonnes de bannes anonymes. Elle a été mangée dans la foulée par un autre artiste autoproclamé « Hungry artist ». L’artiste qui a faim. Combien de gens affamés, dénutris de par le monde sont des artistes qui s’ignorent ? Combien sont morts en artistes ? Des Monsieur Jourdain de l’art gastronomique. L’histoire ne dit pas si Hungry artist a eu une indigestion.

Happening que pourra

Puisque tout est matière à happening, de la merde à la banane, pourquoi ne pas faire de nos vies de continuels happenings ? De selfie en pornfood, de fake news en expérience, de télé réalité en post-vérité. De happening en happening nos vies à flux tendu deviennent écrans sur lesquels nous nous complaisons à nous voir et à nous mettre en boîtes. Et vive l’aventure !

Parole de fou

Le bouffon de Louis XIII aurait déclaré au roi « Il y a deux choses dans votre métier dont je ne saurais m’accommoder. De manger seul et de chier en compagnie »